Charlotte toujours enchante la presse
Article du 24heures

Charlotte toujours enchante
4 avril 2008 - RÉGINE BOICHAT - Le Nouvelliste
MUSIQUE
Charlotte parfois sort un deuxième album qui raconte le quotidien, tord les clichés dans un côté grinçant ou mordant. Derrière Charlotte, cinq musiciens interchangeables qui aiment brouiller les pistes.
Il y a des musiques qui ne se racontent pas. A essayer de leur coller une étiquette, on s'y perdrait. Charlotte parfois est de celles-là. Les atmosphères commuent selon les morceaux. «En général, quand on chante en français, on fait de la chanson française. C'est-à-dire qu'on s'appelle Roger et son orchestre, et on est censé entrer dans un certain cadre», plaisante Patrick Fellay, chanteur du groupe. Alors les membres de Charlotte parfois se plongent dans le hors-cadre et s'amusent à brouiller les pistes.
Venus parler de leur second album «Spaghetti», Patrick Fellay et Xavier Moillen ouvrent les bras aux questions avec un certain amusement. Décontractés, ils hésitent, réfléchissent, plaisantent, se font écho ou se complètent. Ils racontent Charlotte avec modestie. Ils rappellent que c'est avant tout un groupe où chacun amène son grain de sel. «Patrick ne veut pas qu'on soit un orchestre autour d'un chanteur», précise Xavier, le batteur. «On se laisse parler. Lorsqu'un morceau est lancé, tout le monde prend ce qui l'intéresse et laisse de côté le reste. Patrick propose ses chansons à sa sauce et puis il peut oublier la direction qu'il voulait au départ.» Une attitude que le musicien considère comme remarquable.
Des humeurs variées
Pour le chanteur, une bonne idée est une idée que l'on a à plusieurs. «On est un groupe. Je ne suis pas un génie.» Et Xavier d'en profiter, ironique: «Moi qui suis un génie, je suis beaucoup plus pointilleux. Par exemple dans la chanson que j'ai composée «Mon âme est pop», j'ai davantage insisté sur la manière de la jouer. Ce morceau est une caricature, et pour que cet effet reste, il faut le faire d'une certaine façon. LÀ, je les ai beaucoup embêtés.»
Le second opus de Charlotte parfois se veut avant tout un disque de musique avec ses courants contraires et son ivresse des profondeurs. Le groupe chante le quotidien, d'un ton parfois léger, parfois sombre, souvent cynique ou carrément caustique. Charlotte parfois pourrait s'apparenter à de la variété. «Mais dans le sens «varié» du terme», souligne Patrick.
«On n'a pas inventé l'eau chaude, mais on peut tordre un cliché.» Et les clichés, ils aiment jouer avec. Inspiré de situations, de livres, de la radio, de son vécu ou celui des autres, Patrick produit des textes comme on sort acheter son pain. Sans trop réfléchir, quand c'est un besoin. «Je suis constamment en train d'écrire dans ma tête. Si être discipliné c'est s'asseoir à une table et écrire, je ne suis pas discipliné.» A ses côtés, quatre musiciens qui manient les instruments avec une dextérité presque effrontée. Compositeurs et paroliers quand l'envie les surprend.
Un nom - «Spaghetti» -, une image - un singe casqué et des soucoupes volantes - le dernier-né de Charlotte est un hybride décalé. Son identité, embrouillée dans une flopée de pistes. Xavier et Patrick se perdent sans aucune gêne dans les explications. Ils assument les concepts incohérents, mieux, ils en jouent.
«Spaghetti» est un titre «complètement ridicule» selon Patrick. «Ce qui est important, c'est qu'un titre donne le moins de direction possible. On voulait éviter qu'il fasse poésie et le mieux pour ça est d'en mettre un ridicule», s'amuse-t-il. «Le nom du premier album était «Forever». Charlotte parfois Forever, je trouvais ça superridicule.» Et d'ajouter: «Si l'on cherche une relation entre les deux titres, on peut dire que ce sont deux mots qu'on utilise en français mais qui n'appartiennent pas à la langue française.»
Un singe dans l'espace
Le singe? «C'est la nouvelle pin up des années futures», lâche le chanteur. Un clin d'oeil en référence au premier album, où figurait une pin up des années 1960. Plus sérieux, «c'est une façon d'éviter les clichés. Plutôt que d'avoir nos gueules en costumes avec des instruments, c'est une manière de décaler le propos.» Xavier fait le lien avec la chanson «Apollo». «On peut trouver d'autres liens avec d'autres morceaux en écoutant le disque.» Et Patrick de renchérir qu'il y a une certaine relation au cinéma, «parce qu'on raconte des histoires».